Droits & contrats

RGPD et photos de mariage : albums partagés, galeries en ligne et données des invités

Droits & contrats · Publié le 2026-10-27

Photographie ancienne en noir et blanc tirée d'un album de famille hongrois : des canards nagent au bord d'une rive
Photographie tirée d'un album de famille hongrois du début du XXe siècle. Auteur inconnu, domaine public, Wikimedia Commons.

Une photo sur laquelle on reconnaît quelqu'un est une donnée personnelle. Faut-il pour autant appliquer le règlement général sur la protection des données (RGPD) à l'album d'un mariage ? Pour un particulier, le plus souvent non. Pour un photographe professionnel ou pour un service en ligne, oui. Voici où passe la frontière, et ce qu'elle implique pour partager les images des invités.

L'exception domestique

Le RGPD, applicable depuis le 25 mai 2018, encadre la collecte et l'usage des données personnelles. Son article 2 en exclut toutefois les traitements effectués « par une personne physique dans le cadre d'une activité strictement personnelle ou domestique ». Le considérant 18 du règlement donne des exemples : la correspondance, la tenue d'un carnet d'adresses, ou encore l'utilisation de réseaux sociaux et les activités en ligne menées dans ce cadre.

L'album photo d'une famille, le dossier « Mariage » sur l'ordinateur, le groupe de messagerie où les cousins échangent leurs clichés relèvent de cette activité domestique. Les mariés n'ont pas à tenir de registre, ni à rédiger une politique de confidentialité pour leurs invités.

Les limites de l'exception

La notion d'activité « strictement personnelle » s'interprète de manière étroite. La Cour de justice de l'Union européenne a jugé, à propos de la directive qui a précédé le RGPD, qu'une publication sur internet rendant des données accessibles à un nombre indéfini de personnes ne relevait pas de l'activité domestique (arrêt Lindqvist, 6 novembre 2003). Un album public, ouvert à tous sur un site ou un profil sans restriction, s'éloigne donc de l'exception ; un album réservé aux invités, accessible par un lien privé, en reste proche.

Le droit à l'image, lui, s'applique toujours

L'exception domestique concerne le RGPD, pas le reste du droit. La CNIL le rappelle dans sa foire aux questions : avant de publier la photo de quelqu'un sur un réseau social, il faut s'assurer de son accord ; pour une photo prise dans un lieu public, seule l'autorisation des personnes isolées et reconnaissables est nécessaire. Les règles sont détaillées dans notre article sur le droit à l'image.

Le photographe professionnel, responsable de traitement

Un photographe qui exerce à titre professionnel ne bénéficie pas de l'exception domestique. Il collecte des données : nom et coordonnées des mariés, adresse des lieux, parfois liste des personnes à photographier, et surtout des centaines d'images d'invités. Il doit donc respecter les principes du RGPD : finalité définie, durée de conservation limitée, sécurité des fichiers, information des personnes et réponse à leurs demandes (accès, effacement, opposition).

Pour les mariés, deux questions pratiques en découlent :

Les albums partagés par les invités

De nombreux couples créent un album partagé, ou un code à scanner pendant la fête, pour réunir les photos prises par les invités. L'idée est bonne : elle rassemble des images que le photographe n'aurait pas vues. Elle appelle trois précautions :

  1. Choisir un espace privé, accessible par invitation ou par lien non public, plutôt qu'un album ouvert à tous.
  2. Dire aux invités à quoi serviront leurs photos : simple partage, ou sélection pour un album imprimé, ce qui renvoie aussi à la question des droits d'auteur de chaque invité-photographe.
  3. Prévoir une personne de contact pour retirer rapidement une photo à la demande d'un invité.

Le service en ligne qui héberge l'album, lui, est soumis au RGPD pour les données qu'il traite. La CNIL l'a relevé dans sa recommandation sur les applications mobiles : un album photo familial partagé entre proches relève de l'exception domestique pour l'utilisateur, mais l'éditeur qui stocke les images sur ses serveurs est susceptible d'assumer une responsabilité au sens du RGPD, comme responsable de traitement ou comme sous-traitant selon les cas. Lire ses conditions d'utilisation (réutilisation des images, entraînement d'outils, durée de conservation) fait partie du choix.

Les métadonnées, un détail qui n'en est pas un

Chaque fichier numérique contient des métadonnées : date et heure de prise de vue, modèle de l'appareil, et souvent coordonnées GPS lorsque la photo est prise avec un téléphone. Dans sa page consacrée au partage de photos d'enfants, la CNIL souligne que ces informations peuvent révéler le lieu, l'heure et les habitudes des personnes photographiées. Avant de publier, il est possible de désactiver la géolocalisation de l'appareil photo du téléphone, ou de supprimer la position lors du partage, option que proposent la plupart des systèmes. Pour les photos d'enfants, la prudence est encore plus nécessaire : voir ce que dit la loi sur les photos d'enfants en ligne.

Faire retirer une photo

Une personne qui découvre son image sur un site ou un réseau social peut en demander le retrait à l'auteur de la publication, puis au service qui l'héberge. Lorsque ce service est soumis au RGPD, elle peut exercer son droit d'opposition ou d'effacement ; sans réponse satisfaisante dans un délai d'un mois, elle peut saisir la CNIL. La CNIL décrit la démarche et propose des liens vers les formulaires des principales plateformes.

Sources