Photos de famille et comptes en ligne après un décès : organiser la transmission

Les albums de nos grands-parents sont arrivés jusqu'à nous parce qu'ils étaient posés sur une étagère. Les photos d'aujourd'hui dorment dans un téléphone verrouillé, un compte de stockage en ligne ou un réseau social, derrière un identifiant et un mot de passe que personne d'autre ne connaît. Quand leur propriétaire disparaît, elles peuvent devenir inaccessibles à sa famille. Quelques démarches, faites à tête reposée, suffisent à éviter ce deuil supplémentaire.
Le problème : des photos rangées derrière un compte
Un téléphone protégé par un code, un cloud lié à une adresse électronique, un compte de réseau social : ces protections sont précieuses de son vivant, et deviennent un obstacle après un décès. Les conditions d'utilisation des services interdisent en général de se connecter avec les identifiants d'une autre personne, et le chiffrement des appareils récents rend leur contenu illisible sans le code. Les proches doivent alors passer par les procédures prévues par chaque service, quand elles existent, avec des délais et des justificatifs.
Il ne s'agit pas seulement de photos de mariage ou de naissance : ce sont aussi les seules images de certains moments, les vidéos où l'on entend une voix, les scans des tirages anciens que l'on avait pris le temps de numériser.
Ce que prévoit la loi : les directives post mortem
Depuis la loi pour une République numérique de 2016, la loi Informatique et Libertés (aujourd'hui son article 85) permet à chacun de définir des directives sur la conservation, l'effacement et la communication de ses données personnelles après sa mort. La fiche de la CNIL sur la mort numérique distingue deux types de directives :
- les directives générales, qui portent sur l'ensemble de vos données, à la manière d'un testament ; elles peuvent être confiées à un tiers de confiance, comme un notaire ;
- les directives particulières, qui ne concernent qu'un service (un réseau social, un stockage en ligne) et se transmettent directement à l'organisme concerné ; elles ne peuvent pas résulter de la simple acceptation des conditions d'utilisation.
Ces directives peuvent désigner une personne chargée de les exécuter, et elles se modifient ou se révoquent à tout moment.
Sans directives, ce que peuvent faire les héritiers
Selon la CNIL, en l'absence de directives, les héritiers peuvent notamment faire procéder à la clôture des comptes de la personne décédée, s'opposer à la poursuite du traitement de ses données ou les faire mettre à jour. Ils peuvent aussi obtenir les informations utiles au règlement de la succession, et recevoir communication des biens numériques et des données « s'apparentant à des souvenirs de famille », transmissibles aux héritiers. Les photos de famille relèvent naturellement de cette idée, mais la démarche passe par chaque service, qui a ses propres formulaires.
Les outils des grands services
Les plateformes qui hébergent le plus de photos ont créé leurs propres mécanismes. Les régler de son vivant est bien plus simple que de faire valoir des droits après coup.
Apple : le contact légataire
Selon l'assistance Apple, un ou plusieurs contacts légataires peuvent être désignés depuis un appareil sous iOS 15.2, iPadOS 15.2 ou macOS Monterey 12.1 ou version ultérieure. Après le décès, la personne désignée demande l'accès avec la clé générée au moment de la désignation et un acte de décès. Les données concernées peuvent inclure les photos, les messages, les notes, les fichiers et les sauvegardes d'appareils ; les achats (films, musique, livres) et les mots de passe enregistrés restent exclus.
Google : le gestionnaire de compte inactif
Le gestionnaire de compte inactif de Google permet de choisir un délai d'inactivité au-delà duquel des personnes de confiance, jusqu'à dix, sont prévenues et peuvent télécharger les données que vous avez choisi de partager, Google Photos compris. Google indique par ailleurs se réserver le droit de supprimer un compte resté inactif pendant au moins deux ans : un compte oublié n'est donc pas une archive sûre.
Réseaux sociaux
Facebook propose de désigner un contact légataire et de transformer un compte en compte de commémoration ; d'autres réseaux prévoient la suppression du compte sur demande de la famille. Les photos publiées sur un réseau social sont souvent des versions allégées : elles ne remplacent pas les originaux.
Préparer la transmission, étape par étape
- Faire l'inventaire : téléphones, ordinateurs, disques externes, comptes de stockage, galeries livrées par le photographe du mariage, réseaux sociaux. Notez où se trouvent les photos qui comptent.
- Régler les outils intégrés des services que vous utilisez : contact légataire, gestionnaire de compte inactif, contact légataire sur les réseaux sociaux.
- Rédiger des directives, générales ou particulières, et dire à vos proches qu'elles existent et où elles se trouvent.
- Garder une copie hors des comptes : une copie sur un disque rangé à la maison, organisée selon la règle 3-2-1, reste lisible même si un compte disparaît.
- Rendre le fonds compréhensible : des dossiers datés et des fichiers nommés, comme expliqué dans notre article sur le classement des photos numériques, permettent à quelqu'un d'autre de s'y retrouver.
- Imprimer l'essentiel : quelques dizaines de tirages ou un album se transmettent sans code ni abonnement.
Trois précautions complètent ces étapes :
- Ne pas écrire ses mots de passe dans un testament : il devient lisible par plusieurs personnes lors de la succession.
- Un gestionnaire de mots de passe qui propose un accès d'urgence est une piste, à condition d'en comprendre le fonctionnement.
- Penser aux abonnements de stockage payants : à l'arrêt du paiement, l'espace peut être réduit et des fichiers supprimés selon les conditions du service.
Et les droits d'auteur ?
Accéder à des fichiers ne règle pas la question des droits. Les photos prises par la personne décédée sont des œuvres dont les droits patrimoniaux passent à ses héritiers et durent, en France, soixante-dix ans après la mort de l'auteur (article L123-1 du code de la propriété intellectuelle) ; le droit moral, lui, est perpétuel et se transmet aussi. Pour les photos d'un professionnel, comme celles du mariage, rien ne change : les droits restent ceux du photographe, et la famille hérite des usages que le contrat accordait au couple. Nous détaillons ces règles dans À qui appartiennent les photos de mariage ?.
Sources
- CNIL, « Mort numérique : quels sont vos droits ? Quels sont les droits des héritiers ? », mis à jour le 31 octobre 2025 (consulté le 29 octobre 2026).
- Apple, assistance, article 102631 sur le contact légataire du compte Apple.
- Google, « À propos du Gestionnaire de compte inactif », aide Compte Google ; Facebook, « À propos des contacts légataires », pages d'aide.
- Loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, article 85 ; code de la propriété intellectuelle, articles L121-1 et L123-1.
Conserver & transmettreSauvegarder ses photos (3-2-1)
Trois copies, deux supports, une hors ligne : la règle recommandée par la CNIL et l'ANSSI, traduite en gestes simples pour les photos de la famille.
Conserver & transmettreClasser et nommer ses photos
Des dossiers par année, des noms qui commencent par la date, des légendes dans les métadonnées : une méthode pour retrouver une photo parmi des dizaines de milliers.
Droits & contratsÀ qui sont les photos de mariage ?
Payer un reportage ne rend pas propriétaire des droits : ce que dit le code de la propriété intellectuelle, et ce qu'une cession écrite doit préciser.