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Photos de famille et comptes en ligne après un décès : organiser la transmission

Conserver & transmettre · · Publié le 2026-10-29

Photographie ancienne en noir et blanc : trois personnes pique-niquent sur l'herbe à l'ombre des arbres
Un tirage traverse les générations sans mot de passe ; les photos numériques demandent d'organiser leur transmission. Auteur inconnu, domaine public, Wikimedia Commons.

Les albums de nos grands-parents sont arrivés jusqu'à nous parce qu'ils étaient posés sur une étagère. Les photos d'aujourd'hui dorment dans un téléphone verrouillé, un compte de stockage en ligne ou un réseau social, derrière un identifiant et un mot de passe que personne d'autre ne connaît. Quand leur propriétaire disparaît, elles peuvent devenir inaccessibles à sa famille. Quelques démarches, faites à tête reposée, suffisent à éviter ce deuil supplémentaire.

Le problème : des photos rangées derrière un compte

Un téléphone protégé par un code, un cloud lié à une adresse électronique, un compte de réseau social : ces protections sont précieuses de son vivant, et deviennent un obstacle après un décès. Les conditions d'utilisation des services interdisent en général de se connecter avec les identifiants d'une autre personne, et le chiffrement des appareils récents rend leur contenu illisible sans le code. Les proches doivent alors passer par les procédures prévues par chaque service, quand elles existent, avec des délais et des justificatifs.

Il ne s'agit pas seulement de photos de mariage ou de naissance : ce sont aussi les seules images de certains moments, les vidéos où l'on entend une voix, les scans des tirages anciens que l'on avait pris le temps de numériser.

Ce que prévoit la loi : les directives post mortem

Depuis la loi pour une République numérique de 2016, la loi Informatique et Libertés (aujourd'hui son article 85) permet à chacun de définir des directives sur la conservation, l'effacement et la communication de ses données personnelles après sa mort. La fiche de la CNIL sur la mort numérique distingue deux types de directives :

Ces directives peuvent désigner une personne chargée de les exécuter, et elles se modifient ou se révoquent à tout moment.

Sans directives, ce que peuvent faire les héritiers

Selon la CNIL, en l'absence de directives, les héritiers peuvent notamment faire procéder à la clôture des comptes de la personne décédée, s'opposer à la poursuite du traitement de ses données ou les faire mettre à jour. Ils peuvent aussi obtenir les informations utiles au règlement de la succession, et recevoir communication des biens numériques et des données « s'apparentant à des souvenirs de famille », transmissibles aux héritiers. Les photos de famille relèvent naturellement de cette idée, mais la démarche passe par chaque service, qui a ses propres formulaires.

Les outils des grands services

Les plateformes qui hébergent le plus de photos ont créé leurs propres mécanismes. Les régler de son vivant est bien plus simple que de faire valoir des droits après coup.

Apple : le contact légataire

Selon l'assistance Apple, un ou plusieurs contacts légataires peuvent être désignés depuis un appareil sous iOS 15.2, iPadOS 15.2 ou macOS Monterey 12.1 ou version ultérieure. Après le décès, la personne désignée demande l'accès avec la clé générée au moment de la désignation et un acte de décès. Les données concernées peuvent inclure les photos, les messages, les notes, les fichiers et les sauvegardes d'appareils ; les achats (films, musique, livres) et les mots de passe enregistrés restent exclus.

Google : le gestionnaire de compte inactif

Le gestionnaire de compte inactif de Google permet de choisir un délai d'inactivité au-delà duquel des personnes de confiance, jusqu'à dix, sont prévenues et peuvent télécharger les données que vous avez choisi de partager, Google Photos compris. Google indique par ailleurs se réserver le droit de supprimer un compte resté inactif pendant au moins deux ans : un compte oublié n'est donc pas une archive sûre.

Réseaux sociaux

Facebook propose de désigner un contact légataire et de transformer un compte en compte de commémoration ; d'autres réseaux prévoient la suppression du compte sur demande de la famille. Les photos publiées sur un réseau social sont souvent des versions allégées : elles ne remplacent pas les originaux.

Préparer la transmission, étape par étape

  1. Faire l'inventaire : téléphones, ordinateurs, disques externes, comptes de stockage, galeries livrées par le photographe du mariage, réseaux sociaux. Notez où se trouvent les photos qui comptent.
  2. Régler les outils intégrés des services que vous utilisez : contact légataire, gestionnaire de compte inactif, contact légataire sur les réseaux sociaux.
  3. Rédiger des directives, générales ou particulières, et dire à vos proches qu'elles existent et où elles se trouvent.
  4. Garder une copie hors des comptes : une copie sur un disque rangé à la maison, organisée selon la règle 3-2-1, reste lisible même si un compte disparaît.
  5. Rendre le fonds compréhensible : des dossiers datés et des fichiers nommés, comme expliqué dans notre article sur le classement des photos numériques, permettent à quelqu'un d'autre de s'y retrouver.
  6. Imprimer l'essentiel : quelques dizaines de tirages ou un album se transmettent sans code ni abonnement.

Trois précautions complètent ces étapes :

Et les droits d'auteur ?

Accéder à des fichiers ne règle pas la question des droits. Les photos prises par la personne décédée sont des œuvres dont les droits patrimoniaux passent à ses héritiers et durent, en France, soixante-dix ans après la mort de l'auteur (article L123-1 du code de la propriété intellectuelle) ; le droit moral, lui, est perpétuel et se transmet aussi. Pour les photos d'un professionnel, comme celles du mariage, rien ne change : les droits restent ceux du photographe, et la famille hérite des usages que le contrat accordait au couple. Nous détaillons ces règles dans À qui appartiennent les photos de mariage ?.

Sources