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JPEG, HEIC, RAW ou TIFF : quels formats de fichiers pour garder ses photos de famille

Conserver & transmettre · · Publié le 2026-11-02

Disque dur externe portable noir posé sur une surface claire, câble USB branché
Un disque garde des fichiers ; encore faut-il que ces fichiers restent lisibles par les logiciels de demain. Photographie d'Editor182, domaine public, Wikimedia Commons.

On s'inquiète beaucoup de perdre ses photos dans une panne de disque, moins de ne plus pouvoir les ouvrir. Pourtant, une photo sauvegardée dans un format que plus aucun logiciel ne lit est aussi perdue qu'une photo effacée. Les fichiers livrés par le photographe du mariage, ceux du téléphone et ceux d'une numérisation d'albums anciens n'ont ni les mêmes formats ni les mêmes fragilités. Faire le point prend une heure, et évite de mauvaises surprises dans vingt ans.

Un fichier photo, c'est quoi au juste ?

Un fichier photo contient deux choses : l'image elle-même, codée selon une méthode de compression, et des métadonnées. Ces dernières, au format Exif pour l'essentiel, indiquent la date et l'heure de la prise de vue, l'appareil, les réglages et parfois la position GPS. Le « format » désigne la façon dont l'ensemble est organisé. Pour qu'une photo reste lisible, il faut qu'un logiciel sache encore décoder cette organisation, ce qui dépend de la diffusion du format, de la publication de ses spécifications et de l'absence de verrous juridiques.

C'est précisément l'angle d'analyse de la Bibliothèque du Congrès, à Washington, qui conserve d'immenses collections numériques et révise chaque année une liste de formats qu'elle recommande à ceux qui lui confient des collections. Ses critères valent aussi pour une famille : adoption large, documentation ouverte, peu de dépendance envers un seul éditeur.

Le JPEG : universel, mais avec perte

Le JPEG est le format des appareils compacts, de la plupart des téléphones Android, des sites web et des laboratoires d'impression. C'est aussi, presque toujours, le format dans lequel un photographe de mariage livre la galerie finale. Sa norme est publique depuis le début des années 1990 et tous les systèmes savent l'ouvrir : la Bibliothèque du Congrès le range parmi ses formats préférés pour les photographies nées numériques.

Sa faiblesse est la compression avec perte : pour alléger le fichier, l'encodeur supprime des détails que l'œil remarque peu. Une fois la photo enregistrée, ce n'est pas grave. Le problème vient des réenregistrements successifs : chaque fois qu'on retouche un JPEG et qu'on l'enregistre de nouveau en JPEG, on recompresse et on perd un peu plus. La règle est simple : garder intact le fichier d'origine, et enregistrer les versions retouchées sous un autre nom. Notre article sur la façon de classer et nommer ses photos propose une convention pour distinguer originaux et retouches.

Le HEIC de l'iPhone : efficace, moins universel

Depuis iOS 11, en 2017, les iPhone enregistrent par défaut leurs photos au format HEIF, avec l'extension .heic. La fiche que la Bibliothèque du Congrès consacre à ce format rappelle qu'il s'agit d'un conteneur normalisé (ISO/IEC 23008-12), qui transporte le plus souvent une image codée en HEVC, et qu'il a été adopté par plusieurs fabricants de téléphones et d'appareils photo. À qualité égale, il produit des fichiers plus légers que le JPEG.

Mais la même fiche relève des points d'attention : la lecture demande des outils complexes, la compression HEVC est couverte par des brevets dont tous les détenteurs ne participent pas aux mêmes regroupements de licences, et certains systèmes ne lisent le format qu'après l'installation d'une extension. Surtout, le HEIF ne figure pas dans la liste des formats recommandés de la bibliothèque pour les images fixes.

Il n'y a pas lieu de paniquer : des millions de photos existent dans ce format et il restera lisible longtemps. Trois précautions suffisent :

  1. Vérifier ce que produit l'export. Selon les réglages, un iPhone convertit automatiquement en JPEG les photos transférées vers un ordinateur, ou les copie telles quelles en HEIC. Ouvrez quelques fichiers sur l'ordinateur pour savoir ce que vous avez réellement.
  2. Choisir « Le plus compatible » si l'on préfère le JPEG. Dans les réglages de l'appareil photo de l'iPhone, rubrique « Formats », cette option fait enregistrer les nouvelles photos en JPEG, au prix de fichiers plus lourds.
  3. Pour les photos importantes, garder une copie JPEG en plus de l'original. La conversion d'un HEIC en JPEG recompresse l'image : on conserve donc l'original HEIC et l'on ajoute une copie JPEG, au lieu de remplacer l'un par l'autre.

Les RAW : la matière brute du photographe

Les appareils hybrides et reflex, et certains téléphones, peuvent enregistrer un fichier RAW : les données presque brutes du capteur, avant les choix de couleur et de contraste faits par l'appareil. C'est la matière préférée des photographes, parce qu'elle laisse une grande marge de retouche. Chaque fabricant a cependant son propre format (.nef, .cr3, .arw, .raf…), parfois différent d'un modèle à l'autre, et dont les spécifications ne sont pas toujours publiées.

La Bibliothèque du Congrès classe ces RAW propriétaires, comme le DNG, format RAW documenté publié par Adobe, parmi les formats « acceptables » et non « préférés ». Pour une famille, cela signifie : si vous photographiez en RAW, exportez aussi les images réussies en JPEG ou en TIFF, et gardez le RAW pour d'éventuelles retouches. Un photographe de mariage, de son côté, livre rarement ses RAW, et son contrat ne l'y oblige généralement pas ; c'est la galerie finale en JPEG qu'il faut conserver avec soin.

TIFF et PNG : sans perte, pour les numérisations

Le TIFF stocke l'image sans compression avec perte. Il est lourd, mais il garde tous les détails et accepte une profondeur de couleur de 16 bits par canal. C'est le format de référence des bibliothèques et des archives pour les numérisations : la Bibliothèque du Congrès le cite en tête de ses formats préférés, avec une préférence pour des fichiers non compressés et à la plus haute résolution disponible, sans agrandissement artificiel. Si vous numérisez les tirages et négatifs de la famille, comme nous l'expliquons dans notre guide pour conserver et numériser les photos anciennes, un master en TIFF et une copie en JPEG pour le partage forment un bon couple.

Le PNG, lui aussi sans perte, convient aux captures d'écran, aux scans de documents et aux images avec du texte ; il est moins utilisé pour les photographies, où ses fichiers deviennent volumineux. Les formats récents du web, comme le WebP ou l'AVIF, sont pratiques pour publier en ligne, pas pour archiver des originaux.

Les métadonnées, à ne pas laisser perdre

La date de prise de vue enregistrée dans le fichier est souvent la seule trace fiable de l'ordre des événements. Elle peut disparaître sans qu'on s'en rende compte : certaines messageries et certains réseaux sociaux suppriment les métadonnées des photos envoyées, et une photo récupérée par ce biais n'est plus qu'une image sans date. Pour un album de mariage partagé entre invités, mieux vaut demander les fichiers d'origine, par un lien de transfert ou une galerie, que de collecter les photos reçues par messagerie.

La bibliothèque américaine demande d'ailleurs, quand le format le permet, d'intégrer dans le fichier le titre, l'auteur et la date de création, et, si possible, les données Exif de l'appareil. À la maison, renseigner au moins l'auteur des photos est utile, surtout pour celles du photographe professionnel, dont les droits sont expliqués dans notre article sur les droits d'auteur des photos de mariage.

Une stratégie simple pour la famille

Sources